Tourbières : ces géantes invisibles qui peuvent changer la donne pour le climat

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On les imagine lointaines, marginales, presque anecdotiques. Et pourtant, les tourbières sont l’un des écosystèmes les plus puissants, et les plus méconnus, de notre planète. Pour mieux comprendre leur rôle crucial et pourquoi Flamingo s’engage aujourd’hui dans le leur protection, nous avons rencontré Daniel Gilbert, l’un des plus grands spécialistes français du sujet. Professeur en écologie, il travaille sur le rôle clé des tourbières dans la régulation du climat et le stockage du carbone.

Des milieux minuscules… au rôle climatique gigantesque

Daniel Gilbert

Une tourbière, explique-t-il, est une zone humide très particulière : “elle accumule de la tourbe, c’est-à-dire de la matière organique riche en carbone.”

Tant qu’elle reste humide et fonctionnelle, cette matière organique s’accumule lentement, et pompe le CO₂ contenu dans l’atmosphère. Le carbone est ainsi stocké dans le sol pendant des milliers d’années.

Le problème commence lorsque la tourbière est drainée, exploitée ou asséchée, pour l’agriculture ou l’urbanisation par exemple. Le carbone stocké est alors relâché dans l’atmosphère. Et ce phénomène a un impact massif.

Des tourbières partout et invisibles à la fois

Contrairement aux idées reçues, les tourbières ne sont pas rares. On en trouve presque partout en France : sur les littoraux, dans les grandes vallées, en Bretagne, dans le Jura, le Massif central, les Landes, la Camargue, autour de Paris, dans les massifs de moyenne montagne…

Tourbière bretagne
Crédits photos : Ecotree

Une prise de conscience récente

Les grands bilans scientifiques sur le rôle climatique des tourbières ne datent que des années 2000. Avant cela, on savait qu’elles étaient détruites, mais on n’avait pas mesuré à quel point c’était grave.

Et c’est un peu le fruit du hasard qui nous a permis de découvrir ce super-pouvoir de stockage carbone qu’ont les tourbières. Daniel Gilbert a été le pionnier en la matière en réalisant l’inventaire des tourbières françaises. Et il nous raconte comment il a fait cette incroyable découverte à leur sujet :

Tourbière sol eau
Crédits photos : Ecotree

Restaurer les tourbières, oui mais pas à moitié

C’est ainsi que, sous l’impulsion de Daniel, l’inventaire national des tourbières a vu le jour. Un outil clé pour répondre à une question clé : dans quel état sont nos tourbières aujourd’hui ?

Et surtout, jusqu’où sont-elles dégradées pour pouvoir dimensionner sérieusement les efforts de restauration nécessaires pour les sauver.

Car le constat est sans appel : il n’existe aucun compromis possible pour sauver une tourbière. Dès qu’une tourbière est exploitée, même partiellement, la mécanique s’enclenche : la tourbe se dégrade et le sol s’affaisse. Une spirale de destruction. La seule solution : stopper toute action de drainage sur la totalité de la tourbière.

Tourbière végétation
Crédits photos : Ecotree

Par exemple, sur le site du Marais de Lavours, dans l’Ain, l’une des plus importantes réserves naturelles nationales pour les tourbières, une moitié de la tourbière a été strictement protégée, tandis que l’autre moitié est drainée pour la culture du maïs. C’est une gestion qui n’est pas durable : on sauve d’un côté, ce qu’on assèche de l’autre.

Sur un siècle d’exploitation, cela représente jusqu’à un mètre de sol perdu sur une tourbière. À terme, l’exploitation devient impossible. C’est déjà le cas dans plusieurs régions du monde, notamment autour des grands lacs en Suisse, où certaines tourbières ont quasiment disparu. Laissant place à une couche d’argile bleue incultivable.

Agir là où l’impact est maximal

Au final, les tourbières ne représentent que 0,2 % de la surface du territoire français. Mais selon les évaluations du ministère, ce sont les écosystèmes à la plus forte valeur économique du pays, de très loin. L’enjeu est de les protéger, d’autant qu’il s’agit de surfaces limitées, mais aux bénéfices écologiques majeurs.

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