Symposium international sur les flamants

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Ils attirent tous les regards, colorent les lagunes et peuplent notre imaginaire depuis l’enfance. Le flamant fascine par son élégance, sa couleur improbable et sa capacité à vivre dans des milieux extrêmes. S’il nous a inspiré le nom Flamingo, ce n’est pas un hasard : au-delà de l’icône, cet oiseau est un formidable ambassadeur des zones humides. Des étangs salés de Camargue aux lagunes de l'Altiplano, il nous rappelle que ces écosystèmes discrets mais essentiels abritent une biodiversité exceptionnelle… et méritent toute notre attention.

Entretien avec Arnaud Béchet

Bonjour Arnaud, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Arnaud Béchet, directeur de recherche à la Tour du Valat, un centre de recherche en Camargue spécialisé dans l’étude et la conservation des zones humides et de leurs espèces, notamment les flamants roses. Je coordonne un programme de suivi et de conservation du flamant rose, qui travaille depuis plusieurs décennies à comprendre la biologie, la dispersion et les liens entre colonies en Méditerranée.

Crédits photos : Tour du Valat, Flamants roses

Comment es-tu arrivé à travailler sur les flamants roses ?

C’est un peu une rencontre inattendue. J’avais déjà une passion pour l’ornithologie, mais je n’avais pas envisagé de travailler spécifiquement sur cette espèce. Quand Alan Johnson, [c’est un peu le père des flamants roses en France, on l’appelle d’ailleurs Mr Flamant Rose] qui avait lancé le programme de suivi des flamants roses à la Tour du Valat dans les années 1970, est parti à la retraite en 2002, j’ai repris le flambeau. J’ai apporté mes compétences pour analyser les données de baguage et, progressivement, j’ai construit un réseau méditerranéen d’études avec des collègues d’Italie, d’Espagne, de Turquie et d’Afrique du Nord pour mieux comprendre comment les flamants se déplacent d’une colonie à l’autre. C’est vraiment devenu une aventure collective sur plus de 20 ans.

Qu’est-ce qui fait, selon toi, que les flamants roses fascinent autant ?

Le flamant rose est une espèce visuellement spectaculaire et biologiquement étonnante. Sa posture, son bec inversé, sa couleur… Tout donne envie de regarder. Mais au-delà de l’esthétique, il vit et se reproduit dans des milieux très extrêmes : eaux très salées, températures très élevées, absence d’eau douce dans des îlots isolés. Ce qui témoigne d’adaptations extraordinaires chez cet oiseau. C’est une espèce qui sait résister et se débrouiller dans des environnements difficiles.

Crédits photos : Alan Johnson Tour du Valat, Flamants roses

Peut-on dire que la présence des flamants roses est un indicateur de la bonne santé d’une zone humide ?

Pas nécessairement. Les flamants roses peuvent être présents même dans des zones humides de mauvaise qualité écologique. Ils ne sont pas toujours des indicateurs directs de bonne santé des milieux. Par contre, ils sont un excellent ambassadeur pour ces zones, car ils attirent l’attention et l’intérêt du public, ce qui aide à sensibiliser et à défendre ces habitats souvent méconnus ou mal aimés.

Alors parlons de Venise, pourquoi y étais-tu ?

Je me suis rendu à Venise avec des collègues de la Tour du Valat et des partenaires du réseau méditerranéen pour participer au quatrième symposium international sur les flamants du monde. Cet événement rassemble des scientifiques étudiant toutes les espèces de flamants du monde entier, sur tous les continents, d’Amérique du Sud à l’Afrique en passant par l’Asie. C’était l’occasion de présenter nos travaux, mais aussi d’échanger sur des enjeux de conservation qui dépassent les frontières.

Flamants roses
Crédits photos : Alexander Dzib, Flamants des caraïbes

Qu’est-ce que cette rencontre t’a apporté personnellement ?

Deux choses principales :

  1. Renouer le lien humain avec des collègues avec qui on collabore souvent à distance. Pouvoir discuter de visu est vraiment enrichissant pour impulser de nouvelles idées et résoudre des questions complexes pour la biodiversité
  2. Encourager les jeunes scientifiques. À Venise, de jeunes chercheuses d’Argentine commençaient un projet de suivi par GPS sur le flamant du Chili. Nous allons les accompagner dans l’analyse de leurs données, ce qui montre que notre travail peut inspirer et soutenir d’autres équipes à travers le monde.

Quelles ont été les discussions concrètes sur la conservation ?

Nous avons abordé plusieurs sujets, notamment :

  • la coexistence entre les flamants et les activités humaines, comme dans les rizières en Méditerranée, où les oiseaux peuvent causer des dégâts et où des solutions doivent être trouvées pour minimiser les conflits avec les agriculteurs ;
  • la situation des espèces plus menacées que le flamant rose, comme les flamants des Andes ou de James, qui sont touchés par l’exploitation du lithium dans les hauts plateaux. Une question complexe, car l’extraction est présentée comme un progrès pour la transition énergétique, alors qu’elle fragilise des écosystèmes essentiels.
Flamants roses
Crédits photos : Alexander Dzib, Flamants des caraïbes

Y a-t-il eu des résultats tangibles ou des plans d’action identifiés ?

Oui, sur plusieurs sujets. Par exemple, nous avons prévu de partager et comparer des pratiques entre pays méditerranéens pour limiter les conflits entre flamants et rizières. Et sur la question du lithium, nous cherchons à monter un projet de communication et de sensibilisation avec des journalistes afin de mieux faire connaître cette problématique au grand public et aux décideurs.

Si les flamants avaient assisté au symposium, qu’auraient-ils pensé ?

Je pense qu’ils auraient été fiers. Le symposium montrait une vraie diversité d’acteurs femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, de nombreux pays différents tous engagés pour leur avenir. C’est un signe très encourageant pour la conservation.

Crédits photos : Alexander Dzib, Flamants des caraïbes

Et pour la communauté Flamingo : comment peut-elle continuer à aider ?

Il y a des actions concrètes à soutenir, notamment :

  • continuer à financer des projets de vulgarisation ou de sensibilisation, comme celui que nous envisageons autour des enjeux du lithium ;
  • appuyer des collaborations scientifiques, par exemple celles avec les jeunes équipes d’Amérique du Sud.


Crédits photos principale : Pauline Labrot

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